2026-05-03

Désinformation Médiatique à l’Ere de l’Intelligence Artificielle: Vers une Redéfinition et une Recaractérisation de la Propagande et de la Désinformation

Le 1er mai 2026, sous le parrainage du Président de l’Université Badr d’Assiout, Prof. Dr. Mostafa Kamal, la Plateforme universitaire pour le développement durable — supervisée par sa présidente, Prof. Dr. Salwa Hassan — a organisé son premier séminaire dans le cadre de son plan scientifique pour l’année universitaire 2026‑2027.

La Présidente de International Organization for Media, Creativity & Development, Dr. Madeleine Kassab, a participé au séminaire et a présenté une conférence intitulée: « La désinformation médiatique à l’ère de l’intelligence artificielle: vers une redéfinition et une recaractérisation de la propagande et de la désinformation.»

Dans son intervention, Dr. Kassab a introduit de nouveaux concepts dans le cadre de sa critique de l’approche académique traditionnelle de la désinformation, ainsi que dans son analyse de l’impact des variables numériques sur la production des contenus. Pour elle, les définitions et descriptions dominantes de la désinformation médiatique sont, en elles‑mêmes, trompeuses, ce qui rend nécessaire une reconsidération des caractéristiques de la propagande et de la désinformation, ainsi qu’une compréhension approfondie de la nature de la relation qui les unit.

Ci‑dessous, un résumé des principales idées présentées par Dr. Madeleine Kassab:

L’intervention propose une critique fondamentale des définitions et descriptions dominantes de la propagande et de la désinformation, estimant qu’elles ne sont plus capables d’expliquer le phénomène de manière générale, et encore moins à l’ère des transformations technologiques actuelles. La vision académique traditionnelle distingue la propagande — conçue comme une ingénierie psychologique et sociale de long terme — de la désinformation, perçue comme une simple manipulation de l’information modifiant uniquement le contenu de la croyance. Or, cette séparation, selon l’approche présentée, minimise le rôle et la dangerosité de la désinformation. Modifier le contenu d’une croyance entraîne nécessairement une modification de la manière de penser, ce qui rend « la définition et la description actuelles de la désinformation elles‑mêmes trompeuses ». Dr. Madeleine Kassab explique que toute propagande repose sur l’affiliation, et que toute affiliation porte intrinsèquement un biais, et que tout biais ouvre la porte à la désinformation.

Dr. Kassab souligne que la propagande n’est plus un ensemble de messages dirigés, mais qu’elle s’est transformée en une structure technico‑cognitive opérant au sein des plateformes numériques, infiltrant la conscience à travers les algorithmes, les mégadonnées, la personnalisation et le contenu génératif. Le système communicationnel moderne sélectionne les messages, en détermine le public, mesure leur impact en temps réel et reconfigure continuellement la perception. D’où l’appel à redéfinir la propagande et la désinformation en s’appuyant sur des approches interdisciplinaires incluant la sémiotique, la psychologie, la philosophie, les sciences de l’information et de la communication, l’anthropologie et l’ingénierie de l’information.

* Transformations dans l’identité des acteurs de la propagande

L’intervention indique que, par le passé, le propagandiste était généralement un acteur unique, alors qu’aujourd’hui la propagande est devenue un système complexe englobant : les acteurs politiques et religieux, les institutions économiques, les groupes de pression, les entreprises technologiques, les plateformes sociales, les algorithmes autonomes et les individus disposant d’outils de génération de contenu. Cette interconnexion fait de la propagande un processus décentralisé, et il peut sembler que tous ces acteurs servent une même entité malgré l’absence de coordination directe — résultat des mécanismes technologiques et de l’imbrication des intérêts.

Dans ce contexte, Dr. Madeleine Kassab introduit un nouveau concept: « le propagandiste instrumentalisé », un individu qui contribue à renforcer la désinformation en lui‑même et chez les autres, sans en avoir conscience, en adoptant des valeurs et des croyances alignées sur les objectifs du manipulateur, devenant ainsi un outil efficace pour diffuser la propagande et assurer son impact.

* Outils et méthodes de la désinformation à l’ère de l’intelligence artificielle

L’intervention présente dix‑sept outils, parmi lesquels les plus importants sont:
1- Le nouveau visage de la persuasion: passer de la tentative de modifier directement l’opinion à la création d’un environnement cognitif où l’idée ciblée apparaît naturelle et plus présente que la vérité elle‑même.

2- La sélectivité: montrer une partie de la vérité et en cacher une autre, où « le manque devient trompeur, aussi minime soit‑il ».

3- Le cadrage: contrôler le contexte et l’ordre du contenu de manière à modifier le sens de l’information sans en changer le texte.

4- Les titres trompeurs: qui deviennent des moteurs sociaux, politiques et culturels.

5- Les symboles et les slogans: des outils qui atteignent l’inconscient et condensent des récits entiers; l’IA renforce leur pouvoir d’influence.

6- La répétition algorithmique: transformer un message en évidence en le reproduisant à partir de multiples sources.

7- L’ingénierie de l’attention: contrôler ce que le public voit et ce qui lui est dissimulé. « Celui qui contrôle l’attention contrôle l’interprétation. »

8- L’intelligence artificielle générative: dans ce cadre, Dr. Madeleine Kassab introduit le concept de « créativité humano‑technologique dans la désinformation », pour désigner la capacité illimitée à produire du bruit, du chaos et donc de la tromperie.

9- Le profilage psycho‑comportemental: transformer les données en modèles psychologiques précis faisant de la propagande une ingénierie individualisée.

10- La sur‑personnalisation: créer des « bulles cognitives » adaptées à chaque individu.

11- Les robots sociaux: des outils de communication et de manipulation capables d’apprentissage autonome.

12- La fabrication du consensus illusoire et la construction de l’ennemi commun: des mécanismes qui amplifient l’appartenance ou la haine.

13- La surcharge informationnelle: épuiser la conscience plutôt que la convaincre.

14- Le blocage, le piratage et les “mouches” électroniques: des outils de censure, de déformation et d’assassinat moral.

* Quelques outils de résistance à la désinformation

La lecture propose plusieurs stratégies de résistance, notamment:
comprendre les objectifs et mécanismes de la désinformation, développer les compétences d’analyse critique, encourager la collaboration académique interdisciplinaire, renforcer le partenariat entre médias et recherche scientifique, développer une IA défensive, reconstruire l’espace public et adopter des lois équilibrant la lutte contre la désinformation et la protection de la liberté d’expression.

* Conclusion

L’intervention conclut que la désinformation n’est plus un phénomène simple, mais une structure cognitive profonde infiltrée dans la conscience collective. La combattre nécessite une redéfinition des concepts, une compréhension approfondie des mécanismes contemporains de la propagande et une nouvelle vision de la communication et de la conscience à l’ère de l’intelligence artificielle.

Le texte intégral de l'intervention de Dr. Madeleine Kassab est disponible à l'adresse suivante: https://iomcd.org/php/viewNews.php?id=144&lan=1





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