2026-06-08

La Psychologie des Médias à l’Ere de l’Intelligence Artificielle: Vers une Nouvelle Compréhension de la Conscience, de la Perception et de la Fabrication du Sens

Le 6 juin 2026, l’International Organization for Media, Creativity & Development a organisé un dialogue ouvert sur sa plateforme numérique, auquel ont participé de nombreux universitaires et spécialistes de divers domaines. Ils y ont échangé leurs points de vue et leurs expériences autour du thème: la psychologie des médias à l’ère de l’intelligence artificielle.

Cette session a été animée par la présidente de l’organisation, Dr. Madeleine Kassab, qui a mis l’accent sur l’importance de prendre en considération la transformation radicale de la nature de la relation entre l’être humain et les systèmes communicationnels. En effet, les médias ne se limitent pas à transmettre de l’information ou à influencer l’opinion publique; ils constituent — particulièrement à l’époque actuelle — un environnement psycho‑cognitif complet qui détermine les facteurs de formation de la conscience et de la personnalité à travers: l’ingénierie de l’attention et de la mémoire, la définition des contours de l’identité individuelle et collective, l’orientation de l’imaginaire vers des horizons servant des acteurs connus ou inconnus du récepteur, ainsi que la satisfaction de certains besoins et la génération de nouveaux besoins.

L’entrée de l’intelligence artificielle dans cet environnement a entraîné le passage de l’interaction humaine avec le contenu à une immersion dans un système algorithmique intelligent qui apprend et enseigne, prédit et reconfigure l’expérience cognitive et psychologique en temps réel. Ce changement pousse les spécialistes à déplacer la question de: Comment les médias influencent-ils l’être humain? vers: Comment l’être humain est-il psychologiquement et cognitivement reconfiguré au sein des galaxies médiatiques intelligentes?

Selon Dr. Kassab, la psychologie des médias à l’ère de l’intelligence artificielle n’est pas seulement un champ de recherche, mais une nécessité pour comprendre l’être humain tel qu’il se forme désormais dans les espaces technologiques numériques.

Les principaux points abordés lors du dialogue:

1. Les domaines essentiels sur lesquels se concentre la psychologie des médias:
- L’étude de l’impact du contenu sur le comportement.
- L’étude des mécanismes de perception et d’interaction à travers l’analyse de la manière dont le cerveau humain traite les informations écrites, sonores et visuelles qui influencent la construction des valeurs et des idées.
- L’étude des « théories de l’usage » et l’analyse des raisons pour lesquelles le public adopte et choisit certains médias et contenus pour satisfaire ses besoins.
- L’étude de la relation entre la conception technique et le comportement humain, notamment à travers l’analyse de l’interaction psychologique avec les interfaces utilisateur et la conception d’applications intelligentes.

2. Quelques objectifs de la psychologie des médias et son rôle sociétal:
- Améliorer le discours médiatique et orienter les institutions et entités spécialisées vers la création de contenus porteurs de sens, favorisant l’élévation intellectuelle et psychologique et répondant aux besoins éducatifs de la société.
- Sensibiliser en aidant les individus à utiliser les outils de communication de manière saine et à interagir consciemment avec la forme et le contenu des messages médiatiques et technologiques contemporains.

3. Les considérations essentielles que doit intégrer la psychologie des médias à l’ère de l’intelligence artificielle:

- La transformation du récepteur en “nœud cognitif”.
Dans les modèles traditionnels, l’individu est considéré comme un simple récepteur de messages. Aujourd’hui, il est devenu un nœud dans un réseau, une source de données massives et un générateur de sens. Les algorithmes prédisent son comportement et reconfigurent son expérience cognitive avant même qu’il n’en prenne conscience. Ainsi apparaît le soi reconfiguré algorithmiquement, interagissant avec un contenu qui se modifie selon ses préférences les plus fines. Il s’agit d’un passage de l’être humain récepteur à l’être humain probabiliste — un être dont l’expérience cognitive est construite par une série de prédictions algorithmiques qui précèdent sa conscience.

- La transformation des caractéristiques de l’ingénierie de l’attention.
L’intelligence artificielle ne se contente pas d’attirer l’attention: elle la mesure en temps réel, la prédit, la redirige et construit un environnement cognitif ressemblant à une « bulle probabiliste » hors de laquelle l’individu ne voit plus. Ainsi, l’attention ingénierée — comme l’a décrit Dr. Madeleine Kassab — ne découle pas exclusivement de la décision de l’individu, mais d’une conception algorithmique qui connaît précisément ses vulnérabilités psychologiques.

- La mémoire à l’ère de l’IA: la mémoire remplacée.
La mémoire humaine est par nature sélective et reconstructive. Mais dans l’environnement numérique apparaît la mémoire remplacée: le passé est réécrit à travers le contenu recommandé, les expériences personnelles sont substituées par des récits préfabriqués, et les faits deviennent des probabilités qui changent à chaque interaction. Cela crée une fragilité cognitive qui rend l’individu vulnérable à la désinformation, consciemment ou inconsciemment.

- La nouvelle propagande.
Selon Dr. Madeleine Kassab, la propagande moderne — ou propagande algorithmique — ne repose pas uniquement sur les messages directs, mais sur: la répétition algorithmique, l’hyper‑personnalisation, la fabrication du consensus illusoire, l’ingénierie de l’attention, la surcharge informationnelle, la création d’environnements cognitifs fermés, et d’autres caractéristiques qui ont fait passer la propagande de la persuasion à la reconfiguration du réel: « C’est une propagande qui ne persuade pas mais enveloppe; qui ne débat pas mais submerge, et construit un monde qui paraît plus naturel que la vérité elle‑même. »

- La psychologie de l’émotion dans l’espace numérique.
L’émotion n’est plus une expérience strictement interne; elle est désormais mesurée, prédite, ciblée et reproduite selon des variables minutieusement étudiées. Les plateformes numériques savent quand l’utilisateur ressent de la colère, de la motivation, du confort, de la solitude, et d’autres états émotionnels. Elles savent également quand il est le plus réceptif à l’influence et utilisent cette connaissance pour orienter le comportement à travers une régulation émotionnelle algorithmique.
Ainsi, l’appartenance numérique devient une composante de la structure psychologique de l’individu: l’identité numérique se forme à travers la plateforme, le public, l’algorithme, l’interaction et les attentes sociales numériques. Émerge alors un soi qui se transforme avec le contexte numérique et se redéfinit selon les systèmes de récompense imposés par l’environnement digital.

- L’intelligence artificielle comme acteur psychologique.
L’IA n’est plus un outil, mais un partenaire psychologique, un conseiller émotionnel, un ingénieur du sens et une partie intégrante de la structure cognitive humaine. Ses capacités lui permettent d’entrer dans des domaines autrefois réservés aux relations humaines: la réassurance, la confidence émotionnelle, la quête de soi et du sens, ainsi que la prise de décision tenant compte des facteurs internes et externes entourant l’individu. Ainsi, l’IA est devenue une composante de l’architecture psychologique de l’utilisateur.

- La psychologie des algorithmes.
Selon Dr. Madeleine Kassab, il est nécessaire d’étudier la psychologie des algorithmes et la manière dont « la machine pense » l’être humain, parallèlement à l’étude de la psychologie de l’homme contemporain. Les algorithmes ne perçoivent pas l’être humain comme un soi, mais comme un motif, une probabilité, une chaîne de décisions et un ensemble de points de données. Cela crée un nouveau fossé psychologique: l’être humain se voit comme un soi, tandis que la machine le voit comme une probabilité. Ce décalage affecte l’estime de soi, le sentiment d’identité, la perception de la liberté et la signification du choix.

- La nouvelle sémiotique.
L’intelligence artificielle a transformé les mécanismes de production, de génération et de transmission des signes. Dans les médias traditionnels, le signe comprenait: le signifiant, le signifié, le contexte, l’émetteur et le récepteur. À l’ère numérique, l’algorithme devient un médiateur sémiotique: il ne se contente pas de transmettre le signe, mais le réorganise, l’interprète, le redirige et le relie à d’autres signes selon une logique qui lui est propre. Ainsi émergent des sémiotiques algorithmiques où le sens se génère à travers l’interaction de multiples variables, parmi lesquelles: l’être humain, le contenu, le réseau social, l’algorithme, et les objectifs explicites et implicites du propagandiste.





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